CHARLIE HEBDO - 27/04/2016 - DÉPOTOIR ATOMIQUE PLUIE D'URANIUM SUR LE FORT DE VAUJOURS

C'est commode. Pendant des décennies, on balance de l'uranium sur des centaines d'hectares - de Vaujours à Moronvilliers - et puis on se tire. Mais cette fois, le CEA est tombé sur un satané casse-couilles. Aura-t-on bientôt droit à du plâtre radioactif ?

Même si c'est impossible à croire, je dois t'assurer, ami lecteur, que cette histoire est ravissante. Charlie en a déjà parlé en janvier 2014, mais il y a du nouveau. Soit un fort militaire situé à Vaujours (Seine-Saint-Denis), dont les 45 hectares débordent sur la Seine-et-Marne. Construit à partir de 1874 pour protéger Paris des uhlans, il a été utilisé dès 1955 par le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) pour y tripatouiller des détonateurs de bombes nucléaires. On y tire sans le moindre contrôle des projectiles à l'uranium, on patauge dans les radionucléides, et puis on donne un tour de clé, car on se barre. En 1997. Là-dessus, Placoplatre rachète, en 2010. Cette filiale de Saint-Gobain veut exploiter le gypse qui se trouve sous la colline du fort, et c'est aussitôt le merdier car un casse-bonbons inouï décide de se pointer sur le site avec un petit compteur Radiatex 15-03 à 250 euros. Après avoir ouvert une brèche à la pelle sous le grillage du site, Christophe Nédélec pénètre illégalement dans le fort au cours de la nuit du 9 mai 2011 et démontre en une heure chrono que Vaujours est un dépotoir atomique made in France. Car ça crépite, et pas qu'un peu.

OUI NE CHERCHE PAS NE TROUVE RIEN

Expertises — celle de la Criirad montre l'ampleur des pollutions —, contre-expertises, enfumages divers occupent les esprits pendant des années. Placoplatre, qui commence à regretter son bel achat, confie à Brunel, un poids lourd de la démolition, le soin de détruire casemates et bâtiments. Officiellement, depuis Une visite sur place en 2011 de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), la radioactivité autour du fort n'est pas plus élevée que le bruit de fond naturel. Retiens ça, ça va servir. Brunel installe son matos, commence à travailler et l'on va donc tout droit à la disparition des preuves. Jusqu'à la visite «inopinée» d'inspecteurs de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) le 17 décembre 2015.

Fort2Vaujours_Charlie_Hebdo_Article2.jpg

L'ASN, bien que créée par l'État, rue de temps à autre dans les brancards, et son président, Pierre-Franck Chevet, n'hésite plus à critiquer lourdement les manquements à la sécurité de base dans nos belles centrales nucléaires. Donc, visite. Et rapport. C'est du charabia, pour sûr, mais si l'on s'attarde sur l'antépénultième paragraphe de la page 3, on comprend qu'il y a lézard. Dans la casemate RX1, 14 points de contrôle sont contaminés. Par quel radionucléide ? Silence. Or on n'a cherché que sur une hauteur de 2,5 m, alors que de nombreuses casemates dépassent les huit mètres en hauteur. Encore faut-il ajouter qu'il y a au moins 300 bâtiments sur le site. Preuve s'il en était besoin de l'omniprésence des pollutions, un document contresigné par Placoplatre évoque, lui, 22 sur-faces contaminées pour le seul RX1, ce qui double presque la note. Mais l'industriel, qui parle couramment la novlangue, n'écrit pas radioactivité, mais « points singuliers».

Fort2Vaujours_Charlie_Hebdo_Article.jpg

Par ailleurs, d'autres cadeaux cachés — de mystérieuses canalisations enterrées — commencent à apparaître. Et voici qu'on apprend que Brunei est lourdé du chantier, sans raison évidente. Peut-être — peut-être — pour avoir réclamé, devant les risques avérés du boulot, une sérieuse rallonge à Placoplatre. Comble tout provisoire, Vaujours a un frère jumeau appelé Moronvilliers, dans la Marne. Le CEA s'y est amusé de même sur 500 hectares, usant et balançant à tout-va de l'uranium, dont la bagatelle de 2,7 t se trouve tou-jours au fond de la centaine de puits. Au passage, des poussières de béryllium et de plutonium ont gentiment saupoudré les lieux. L'infernal Nédélec, qui mériterait une médaille, est toujours là. Sur la brèche. De très loin le meilleur connaisseur du dossier. La morale du CEA, de l'IRSN et de Placoplatre est limpide : qui ne cherche pas ne trouve rien. Combien de centaines de lieux contaminés par le nucléaire en France ? Ceux qui nous ont jetés dans la fournaise sont incapables de les nettoyer, pour au moins deux raisons. La première, c'est que le nucléaire, par définition — la leur —, ne saurait être un problème. La seconde, c'est qu'il n'y aura jamais assez de blé pour le faire. La foi atomique, cette faillite.

Fabrice Nicolino - Charlie HEBDO - 27/04/2016

SIGNER LA PÉTITION pour la préservation du Bois Gratuel: http://www.change.org/BoisGratuel

SIGNER LA PÉTITION sur le Fort de Vaujours : https://www.change.org/p/pour-la-v%C3%A9rit%C3%A9-sur-la-radioactivit%C3%A9-et-les-pollutions-du-fort-de-vaujours

Rejoignez nous sur Facebook : https://www.facebook.com/sauvonsdhuis

Restez connecté avec nous sur Twitter : https://twitter.com/sauvonsdhuis

  • Villevaudé... Demain
  • Les Abbesses de Gagny-Chelles
  • UNION DES FAMILLES LAÏQUES DE MARNE ET CHANTEREINE (UFAL)
  • Les Amis de Carnetin
  • AJT Rando
  • Marne et Gondoire à Vélo
  • Association de Défense de l'Environnement du Bois Fleuri (ADEBF)